GESS 2013 : Résumé des communications "Autour des outils"

"Autour des outils" est la table rondu qui s'est tenue l'après midi du 12 décembre 2013. Animée par Amina Bécheur et Pénélope Codello elle a porté sur la présentation et la  discussion de six papiers.

  • Etude du Cas MODETIC

Gildas BARBOT
IUT Valence, France
Cette étude de cas s'intéresse à Modetic, une petite entreprise de commerce textile qui entend promouvoir la consommation responsable de vêtements. Elle illustre de quelle façon, un entrepreneur social de la génération Y se réapproprie les valeurs de l'économie sociale et solidaire (ESS) tout en exploitant le potentiel des nouveaux média numériques. L'étude semble mettre en évidence que ces médias sociaux sont non seulement efficaces sur la plan marketing mais pertinents au regard des valeurs de partage de l'ESS.

  • Outils de gestion, innovation sociale et tensions : Le cas de la politique d’achat d’une coopérative de solidarité en environnement

Marie J.Marie J. BOUCHARD, Valérie MICHAUD
Université du Québec à Montréal, Québec
L’analyse d’un outil de gestion au sein d’une organisation innovante révèle comment celui-ci articule de manière fonctionnelle, structurelle et processuelle les tensions que l’innovation sociale engendre. Plus spécifiquement, objet-frontière vecteur de médiation entre parties prenantes et objectifs multiples, une politique d’achat devient progressivement frontière, en elle-même, entre l’organisation et son environnement, tout en fournissant le code qui donne accès à son marché, à ses clients – en somme au marché qu’elle représente et constitue.

  • Concevoir des dispositifs de gestion propres aux entreprises démocratiques : différenciation et intégration dans une entreprise de services professionnels autogestionnaire

Sébastien GAND
Mines ParisTech, France
De nombreuses entreprises sociales et solidaires revendiquent un fonctionnement démocratique à travers leurs statuts. Une problématique spécifique aux entreprises démocratiques est la tension qui existe entre l'identité formelle des membres et la nécessité de différencier les rôles et les compétences dans le cadre de l'activité professionnelle. Il s'agit en conséquence d'organiser la gouvernance cognitive de ce type d'organisations afin que l'aspect démocratique ait bien une existence autre que formelle. Nous nous appuyons sur le cas d'une entreprise de services professionnels autogestionnaire de plusieurs centaines de membres pour montrer comment des dispositifs de gestion peuvent prendre en compte le double objectif de compétitivité et de démocratie qui animent ces projets d'entreprises. Ainsi la gouvernance cognitive spécifique des entreprises démocratiques ne peut pas uniquement reposer sur un cadre légal ou sur l'engagement de membres, mais nécessite de s'appuyer sur une infrastructure gestionnaire prenant corps dans le pilotage de l'activité.

  • Les outils de gestion de l’innovation sociale : cas de la SCIC Alter-Conso

Marion MAIGNAN
Université Paris-Est
Cette contribution vise à étudier la manière donc les outils de gestion utilisés par les SCIC, caractérisées comme innovations sociales, mettent en évidence la performativité de modèles alternatifs en sciences de gestion. Elle s’intéresse plus particulièrement à la question de la formation du prix au sein d’une filière courte intégrée telle que la SCIC Alter-Conso. Elle montre que la SCIC  articule les contraintes de l’environnement marchand de la SCIC à une exigence de justice et de solidarité dans la définition des prix. Elle suggère alors que les acteurs des SCIC peuvent être identifiés comme des « groupes concernés » (Callon), porteurs d’innovations visant à contourner la définition classique du marché et le cadrage dominant de l’homo oeconomicus.

  • L’appropriation d’un outil de gestion issu du privé par des militants d’une organisation de l’ESS. Le cas de la boucle téléphonique au sein de la MAIF.

Bérangère SZOSTAK, Hubert SERAN, Saïd YAHIAOUI,  Emilie LANCIANO,
COACTIS, Université Lyon 2, France
Cet article s’intéresse à la manière de comprendre l’appropriation d’un outil de gestion dans un contexte où plusieurs logiques institutionnelles co-existent, en se focalisant sur les micro-fondations de la littérature néoinstitutionnaliste (Powell et Colyvas, 2008 ; Château Terrisse, 2012). Le champ de l’ESS met en scène deux logiques : la financière et la sociale. Elles sont en tension forte dans le cas des mutuelles, qui se dotent d’outils de gestion pour leur permettre d’être toujours plus concurrentielles face aux assurances, mais en respectant les valeurs de l’ESS. Notre hypothèse consiste à dire que les acteurs à l’origine de cet outil réalisent un travail de justification pour le rendre légitime ; ils cherchent à le rendre compatible avec les valeurs qui guident leur action et s’appuient sur les différentes logiques présentes dans le champ. Ce processus de légitimation est partie intégrante du processus d’appropriation.
Dans la lignée des travaux de Bédé et al. (2012) ou de Grimand (2012), la première partie dresse le cadrage théorique de l’appropriation d’un outil de gestion par le prisme des théories néoinstitutionnalistes. Nous mettons en avant les trois dimensions principalement retenues dans la définition de la légitimité (Suchman, 1995), à savoir les légitimités pragmatique, morale et cognitive.
L’étude de cas est analysée avec des outils qualitatifs. Il s’agit de l’appropriation d’un outil de gestion appelée « boucle téléphonique » au sein de la Mutuelle MAIF. L’originalité de ce cas est double : (i) cet outil de gestion est issu du secteur du privé, et (ii) l’appropriation est étudiée pour la population des militants dont la nature même du contrat les liant à la MAIF est différente de celui d’un salarié. Plusieurs résultats de la recherche sont discutés en lien avec les trois dimensions de la légitimité. Par exemple, nous constatons que l’outil est perçu par les militants comme un moyen pour réinvestir leur fonction dans l’organisation. Mais, la boucle n’est pas perçue par les militants comme un outil à leur usage exclusif ; elle fait partie d’un système d’acteurs dans lequel les salariés et les militants sont les principales parties prenantes (en dehors du sociétaire). En outre, le risque perçu est d’abord celui d’une dépersonnalisation des relations avec les sociétaires et/ou les salariés, et d’une dé-territorialisation de l’activité militante. L’outil de gestion a également impacté les relations entre le politique (la structure militante) et le technique (la structure salariée). En effet, les salariés ont désormais un rôle consistant à bien orienter les sociétaires vers le militant, ce qui transforme une facette de la mission du salarié, mais surtout la relation salarié – militant. Un autre résultat souligne que, d’un outil du privé pour n’atteindre qu’une meilleure performance et du profit, la boucle apparait comme respectueuse des valeurs de l’ESS et de la pluralité des parties-prenantes (sociétaires, salariés et militants). Si la dimension fonctionnelle de l’outil n’a pas évolué en soi, la philosophie et la vision qui y ont été associées ont transformé la perception de la boucle pour la rendre alors légitime dans cette organisation

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